Un témoignage qui allie journalisme et cinéma d'Edwige

Il est préférable de s’adresser directement au bon Dieu
 
Capture décran 2020 03 06 à 15.57.58
Je débute cette histoire par ma rencontre avec un grand réalisateur français, , au Colcoa du cinéma à Los Angeles il y a 3 ans. Soit un an environ après mon Master ESJ. Il cherche une scénariste, celle du Bureau des Légendes n’est plus disponible. Je ne me laisse pas impressionnée et me lance, essaie de le convaincre en écrivant des idées sur un coin de table. 
Bon, apparement la structure n’est pas mon point fort. 
Je propose des dialogues. Dans le mille, il trouve que je suis faite pour ça. Dialoguiste ? Pourquoi pas.  Il me choisit et me demande de puiser en moi, de toutes mes forces pour écrire une structure professionnelle. 
C’est que je suis chez les Dieux à présent, et que ça ne rigole pas. 
 
Nous démarrons une collaboration pour un projet de série télévisée dans la foulée. Le sujet concerne la maltraitance en milieu hospitalier en France. Il est question d’adapter un des romans d’un ancien infirmier devenu romancier. 
 
Pendant un an, je travaille sur la bible, l’intrigue principale ; je me forme avec le livre Save the cat, je visionne des masterclass sur internet, j’absorbe les 900 pages de l’Anatomie du Scénario
 
L’auteur et moi, travaillons main dans la main, malgré les neuf heures de décalage horaire entre Paris et Seattle. Il narre sur google drive pendant mes nuits, je fais vivre l’histoire durant les siennes, sur Final Draft. 
Le grand réalisateur lit, corrige, modifie, peaufine, affine.
 
On touche au but, la bible du scénario sera présentée à un autre très grand producteur dans quelques jours. Il va lire, il sera séduit, c’est certain. On ne refuse rien au jeune prodige du cinéma qui de son côté, voit déjà se profiler les récompenses.
 
Le grand réalisateur y tient à cette histoire. Il insiste sur ce qui est à ses yeux, essentiel : la tension. Elle doit être palpable, ambiante mais suggérée avec finesse. Il faut que les personnages souffrent. Et pour ça, il faut un mot, un seul : MAIS. 
D’accord... je m’applique, je mets des mais dans tous les sens. 
 
Ça fonctionne bien, le grand réal est content… 
 
Mais peu à peu, l’écrit rattrape la réalité…
 
Les Oscars approchent. Le prodige du cinéma retient son souffle et nous laisse un peu de côté.  La tension est à son comble. Nous le soutenons coûte que coûte, comme de bons petits soldats. 
Avons nous le choix ? 
 
Oui, me direz-vous. On a toujours le choix. 
 
Je ne crois pas Madame.
 
On ne choisit pas de bousculer ou même de rappeler à l’ordre un mini Dieu. 
 
À ce moment de l’histoire, il n’y a pas vraiment de raison de s’inquiéter. Il va aller chercher sa statuette et refaire surface. 
Alors, nous patientons, le temps des Oscars.
 
Attention, le «mais » qui va suivre, concerne cette fois-ci le réalisateur.  
 
MAIS, un des Directeur Délégué du Festival de Cannes, décide que le cinéaste a eu son moment de gloire et qu’on ne peut pas toujours envoyer les mêmes têtes se faire couronner. 
 
La nouvelle tombe, le metteur en scène ni ne montra pas sur la scène hollywoodienne, ni ne foulera le red-carpet. 
 
Le petit génie du cinéma, comme ils l’appellent dans le métier, se sent trahi. On peut le comprendre. Alors pour l’apaiser, on le sacrera. 
 
On lui remettra le Cesar du meilleur film. 
 
Récompenses largement méritées. 
 
Moi qui connais tous les secrets du tournage, les travers des uns et des autres, les anecdotes, les galères des dessous du film, je suis très heureuse pour lui. C’est un bosseur, un orfèvre. 
 
Le surlendemain, on s'appelle. Il est heureux et fier comme un Pape. 
 
Nous aussi forcément, voir nos noms dans le futur générique d’un metteur en scène aussi talentueux, équivaut à défiler pour Chanel devant un parterre de personnalités. 
 
On reprend le travail mais son coeur n’y est pas, il n’y est plus, ni dans son corps, ni dans son esprit. 
 
Les semaines passent. 
Il est occupé avec d’autres Dieux comme lui. 
L’auteur s’agace, c’est lui qu’on est venu chercher, oui ou non ? Oui. 
On peut lui donner une idée sur le calendrier ? Non. 
On peut être payé alors ? .... Pas de réponse. 
On insiste un peu mais très vite, nous comprenons que les enjeux qui se jouent en haut lieu, ne concernent pas le commun des mortels que nous sommes. 
 
Le projet est annulé. Enfin, chaque jour qui passe, nous le supposons un peu plus. 
 
Il est temps de lâcher les cieux et de retourner dans la masse, prête à tout recommencer à zéro.  
Cependant, je poursuis mon intérêt pour le monde médical et décide de prendre à contre pied cette longue et douloureuse aventure, seule, avec un angle différent, je me lance.
Je démarre une enquête fastidieuse sur une autre forme de maltraitance dans les services hospitaliers. 
Pendant un an, je multiplie les voyages en France. 
J’envoie les consignes à mon mari, resté à Seattle avec ma fille pour les lunch box, les horaires de bus et les jours de bibliothèque. 
Je contacte des victimes du #payeTontruc #PayeTonMachin. 
Je colle aux sabots Crocs de la cheffe de la chirurgie pendant deux jours.
J’enregistre. Je note. J’écris. 
 
Il est temps, enfin… 
 
Je trouve un agent et entreprends de convaincre une grande maison de Production de soutenir mon projet. 
 
Voilà, j’en suis là. Rien n’est gagné. Je ne mets plus de mais. Il n’y en a pas pour le moment ou alors je décide de ne plus les voir.
 
Le master ESJ a crédibilisé ma position d’auteur et m’a permis de coincer mon pied dans la porte des Dieux, que ce soit dans les rédactions ou au sein des productions. 
 
Nul besoin de détailler l’ensemble de mon parcours professionnel depuis l’obtention du Master. L’important pour moi, est d’avoir le sésame adéquat pour s’amuser un peu ; danser avec les Dieux de temps en temps voire de partager leur table. Ouvrir l’oeil et se dire que tout est possible. 
 

 

Pin It

Dernières vidéos