Histoire de l’ESJ Paris

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L’ESJ Paris, plus d’un siècle d’existence

Histoire de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Paris (retrouvez ici l‘article sur les archives dévoilées)

Des fondateurs, des professeurs et des étudiants, témoins de l’histoire au cœur de Paris.

En 1895, dans le contexte de l’affaire Dreyfus, de nombreux intellectuels libéraux créent le Collège Libre des Sciences Sociales autour de Dick May (de son vrai nom Jeanne Weill, fille du Grand Rabbin d’Alger). Dick May, également cousine de Karl Marx qui l’avait initiée à l’économie, se confronte ainsi à l’Université en créant le premier enseignement des sciences sociales en France.

En 1896, Dick May, journaliste et romancière, va proposer la création d’une école de journalisme, proposition retenue et aussitôt mise en oeuvre effectivement en 1899. Au même moment, l’Université du Missouri dont le conseil d’administration se voit refuser la même année par le Sénat de l’Etat du Missouri l’ouverture d’une formation spécifique au journalisme (laquelle ne sera finalement ouverte qu’en 1908).

C’est peu de dire que l’annonce de la création de l’Ecole Supérieure de Journalisme, en avril 1899, a rencontré un accueil mitigé au sein de la profession. A l’époque, beaucoup de journalistes considéraient que leur métier ne pouvait s’apprendre que par la pratique immédiate, et non pas sur les bancs d’une Ecole. Les notions d’éthique et de déontologie mettront des décennies avant d’être appliquées (sous l’influence de Philippe Vianney fondateur du CFJ et d’Hubert Beuve Mery, patron du Monde, tous deux à la Libération).

Parmi les nombreux articles qui « saluèrent » l’ouverture de celle-ci au début du 20ème siècle, certains furent sympathiques (paradoxalement au Figaro et au Temps), d’autres furent plus neutres, mais plusieurs (notamment à L’Illustration) furent franchement hostiles.

Laïque, sociale et républicaine

Cinq ans plus tard, l’élan des premiers bâtisseurs est confirmé avec la création de trois écoles issues du collège de 1895 ( l’Ecole des Hautes Etudes Sociales, l’Ecole des Hautes Etudes Internationales et surtout l’Ecole de Journalisme, qui reçoit le soutien immédiat des plus grands noms de la presse comme Henri Fouquier et Jules Cornély). Le succès de l’ESJ, laïque, internationale, intellectuelle, sociale et républicaine est alors certain sous la IIIème République face au monde des médias.

Les premières années de l’ESJ ne voient que peu d’étudiants se destinant à une carrière seulement de journaliste, mais bien plus de candidats à des fonctions administratives ou politiques (le diplôme propre de journalisme ne sera mis en place qu’en 1910) et une activité professionnelle large. Cette dualité journalisme/sciences politiques se poursuivra à l’ESJ jusque dans les années 70, puis revient en force dans les années 2009/2010.

L’ESJ Paris « paiera » son indépendance face à l’Université, face aux groupes de presse, puis face aux syndicats patronaux, puis de journalistes puisqu’elle ne parviendra pas à obtenir une quelconque « reconnaissance » de ceux-ci depuis 1935 ! Sans conséquences sur la vie de l’école, reconnue par les autres. C’est pour contrer « l’idéologie » supposée de l’ESJ Paris que la Conférence des Evêques de France va pousser les milieux catholiques lillois à créer l’ESJ Lille en 1924. Le CFJ renverra les deux protagonistes dos à dos en 1945.

Ecole parisienne s’il en est, l’ESJ Paris croît rapidement autour de ses conférenciers et professeurs: Emile Durkheim fondateur de la Sociologie, l’historien Charles Seignobos et l’économiste Charles Gide, créateur de l’économie coopérative.

De grands noms

Les autres célébrités enseignant à l’Ecole furent les écrivains Anatole France, Charles Péguy, Romain Rolland les compositeurs Gabriel Fauré, Claude Debussy, Maurice Ravel, mais aussi des Présidents du Conseil parmi lesquels les futurs Présidents de la République Raymond Poincaré, Paul Deschanel, Alexandre Millerand, Paul Doumer, Gaston Doumergue, Maurice Schumann contribuent à établir la solide réputation de sérieux et de dynamisme de l’établissement.

L’école organisait , comme c’est encore le cas aujourd’hui, sa pédagogie autour de maîtres de cycles de conférence, Pierre de Coubertin fut de ceux-là et l’avocat André Toulemon enseigna les questions démographiques.

De grands journalistes transmettent déjà leurs connaissances : Georges Bourdon (1868-1938) , grand reporter, Georges Combault (1881-1970) les premiers exercices pratiques, Georges Hourdin (1899-1999)…

Personnel, enseignants et élèves dispersés (ou pire) par la guerre, l’école va pourtant ouvrir encore plus largement ses portes aux femmes et aux étrangers, ceux retenus en France et ceux issus de pays neutres, pendant les hostilités. En 1942, les tentatives d’entrisme de quelques intellectuels pronazis vont amener ses responsables à fermer l’école sans heurts pour ses élèves alors même qu’en ces circonstances exceptionnelles elle était encore plus ouverte à des candidats atypiques pour l’époque, femmes et étrangers.

Reprise en main en 1945 par André Le Jules, fraîchement démobilisé à la Libération, l’ESJ s’installe 4, place St Germain (44 rue de Rennes) et va être une des premières écoles de journalisme en France, formant de nombreuses personnalités, journalistes comme auteurs, comme Léon Zitrone, Philippe Bouvard, Patrick de Carolis, Bernard Werber ou encore Philippe Djian et Gérard de Villiers…

En 1991, gérée par le Centre d’Etudes Politiques et de la Communication, présidé par Henri Amouroux, ancien élève de l’ESJ, mais aussi résistant et fondateur de Sud-Ouest, l’ESJ rejoint le quartier universitaire de Tolbiac, sous la direction de M. le Professeur Pascal Chaigneau, administrateur délégué général qui va alors recruter ceux qui vont faire de cette école la première école de formation en télévision et en radio, Michel Zlotowski et Philippe Abiteboul et Alain Passerel. Parallèlement en presse écrite, Alain Fourment et Serge Rozenblum vont marquer des générations d’étudiants pour en faire de vrai journalistes de presse écrite, parfois dans la douleur mais très souvent dans la reconnaissance.

Parmi les anciens de la maison plutôt médiatisés au cours de la Vème République, on compte Patrick de Carolis, Henri Sannier, Caroline Henry, mais aussi, et entre autres, par exemple Audrey Pulvar, Erika Moulet, Claire Barsacq ou encore Malek Boutih et tant d’autres (voir la page du site des anciens).

L’ESJ Paris est distinguée avec d’autres grands établissements, aux côtés des Instituts de Sciences Politiques et des principales écoles de journalisme (ESJ-Lille, CFJ) par décret du Premier Ministre en 1995 lui accordant la possibilité de délivrer un Diplôme de Formation Supérieure en Journalisme (DFSJ, niveau maitrise). Le DFSJ devient par la suite le « Titre » de 3ème année est certifié/homologué par l’Etat au niveau II inscrit au RNCP.

De 2006 à 2008, la rénovation de l’ESJ et son adaptation à l’ère technologique sont conduites par une équipe détachée par le groupe LMD, spécialisé dans l’enseignement de la communication et de l’analyse des médias ; l’ESJ Paris s’ouvre enfin à l’Europe. Elle retrouve son rôle de grande école de journalisme et reconnaît la nécessité de l’évolution des médias et de la formation des journalistes polyvalents en presse écrite radio, télévision et Internet.

En 2007, l’ESJ accueille ainsi la première Webradio francophone, Fréquence 3, ainsi que la Fondation pour l’Analyse des Médias et de l’Opinion, son pôle de recherche.

En 2008, l’ESJ Paris réforme son programme pour tenir compte de l’évolution du métier de journaliste, ajoutant également une année à la fois préparatoire et professionnelle tout en conservant sa capacité d’accueil de jeunes étudiants. Parallèlement, face à des tentatives de déstabilisation, issues des univers politiques, de la communication et de la finance dont les méthodes et les finalités sont divergentes des nécessités du journalisme, l’ESJ Paris devient désormais totalement indépendante fin 2008, animée par un groupe de personnalités s’associant pour faire rayonner l’école dans le monde francophone et surtout francophile.

En 2009, l’ESJ va ouvrir, avec succès, une formation intensive en un an, Bac+4/5 240/300 ECTS spécifique de Journalisme de Sports. Première école de journalisme TV en France elle va ouvrir en 2010 une formation similaire de JRI/Journalisme Audio-Visuel, puis en 2011 une formation de TV spécialisée « documentaire et investigation ».

Des partenariats internationaux

Depuis janvier 2005, l’ESJ et l’American University de Washington DC sont établissements partenaires. Les étudiants de l’école ont ainsi la possibilité d’effectuer un semestre de leur cursus à Washington au sein de l’école de journalisme de l’ »American University » et d’obtenir un « certificate of achievement » de cette dernière parallèlement au Titre ESJ. En janvier 2009 un accord d’échange est également signé avec l’école de journalisme du Griffith College à Dublin, puis avec l’Universidad San Pablo CEU à Madrid.

L’ESJ est membre de l’Union de la Presse Francophone, de l’Association Française des Ecoles de Journalisme et est également partenaire de l’Agence Universitaire de la Francophonie pour être opérationnel dans un univers de la communication en pleine évolution.

En juin 2007, l’ESJ ouvre son antenne d’application à Bruxelles (« ESJ à Bruxelles »), antenne qui en 2010/2011 va plus particulièrement être destinée à la formation des correspondants de presse auprès des instances européennes et internationales.

Egalement en juin 2007, l’ESJ signe une convention avec le groupe de médias marocain Eco-Médias pour l’ouverture d’un établissement joint de l’ESJ à Casablanca dès la rentrée 2008 (ESJC) à l’initiative du Groupement d’Impulsion Economique Franco-Marocain, puis l’ESJ Orient à Dubai (formation télévision en arabe) en 2009. Ecoles auxquelles s’adjoindra en 2010, « l’ESJ Paris à Casablanca », destinée aux formations complémentaires et aux séjours in vivo des étudiants parisiens avant leur diplôme. En mai 2010 un accord est signé avec l’IFIRST pour la création d’une formation de journalisme de sports à Alger.

En septembre 2007, l’ESJ Paris ouvre son pôle « ESJ Méditerranée« , plus particulièrement spécialisé dans les métiers de la radio.

Première école de journalisme au monde

Si l’ESJ Paris en 1899 devient la première école de journalisme créée dans le monde, elle avait été précédée par un programme spécifique d’enseignement du journalisme, de courte durée, à la demande du Général Sudiste Robert E. Lee, au cours de sa présidence de l’Université Washington and Lee University, à Lexington en Virginie au cours des années 1860. La première école américaine sera créée à l’Université du Missouri en 1908.

Bien que réclamée par les universitaires et les intellectuels, la création d’une école de journalisme en France se heurte, à la fin du 19ème siècle, aux positions des patrons de presse notamment. Il faudra attendre 1924 pour que les milieux catholiques et cléricaux nationaux poussent à la mise en place de l’ESJ Lille. La deuxième vie des écoles de journalisme commencera à la Libération avec l’ouverture du CFJ, forçant toutes les autres à s’aligner sur ce qui reste aujourd’hui, primum inter pares, une référence.

Première école de journalisme au plan historique, l’ESJ Paris l’est aussi par son ouverture aux réalités sociales et humaines, elle l’est aussi par le nombre de ses anciens élèves. Elle reste aussi aujourd’hui une des rares écoles de journalisme privées et indépendantes, sans aucune aide de l’Etat ; une des exceptions parmi les plus de 90 formations au journalisme recensées en France en 2011.

Voir également les pages suivantes :

- lieux historiques de l’ESJ Paris

- le blason et autres histoires de l’ESJ Paris

- les archives dévoilées de l’ESJ Paris

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Concours d’entrée le 31 mars 2012


Dossiers d'admission : Cliquez ici pour accéder aux dossiers de candidatures tous cursus : Post-bac, Niveaux mastères : sport, professionnalisant, J.R.I.


Le prochain concours d’entrée de l’école supérieure de journalisme de Paris pour la rentrée 2012/2013 se tiendra le samedi 31 mars 2012 (toutes années et cursus). Les autres dates concernant le concours d’entrée sont les suivantes : , samedi 02 juin, vendredi 06 juillet & le vendredi 14 septembre. Une porte ouverte de l’établissement est prévue le samedi 12 mai 2012.

Le blason de l'ESJ et autres histoires

L'histoire du blason de l'ESJ Le Blason de l'ESJ a toujours existé, l'évolution de celui-ci a gardé les mêmes éléments de son passé centenaire. Depuis l'Antiquité, les Lauriers représentent la gloire, le succès, ils symbolisent Apollon paré de Daphné transformée en laurier par Minerve, ils couronnaient la tête des vainqueurs. A l'ESJ c'est la noblesse des études que nous célébrons, la couronne du savoir et de la connaissance. La Mappemonde, concrétise le futur rôle international et humaniste de nos étudiants, l'enseignement géopolitique et la réalité des technologies nouvelles . La Devise latine, Quot capita tot sensus, Autant d'hommes autant d'avis, fut utilisée dans le monde de la presse, du théâtre, des débats juridiques et bien sur de la littérature, comme vous en trouverez des exemples plus bas. Bien entendu nos futurs journalistes tiendront compte de l'avis de chacun, de cette richesse, de cette diversité des hommes. Ils ne perdront jamais de vue, leur rôle d'enquêteurs, de chercheurs de vérité, insoumis aux politiques et libres de contingences commerciales. Dans le respect de la déontologie, la confusion que crée naturellement, "Autant de têtes, autant d'avis" sera éclaircie et apaisée et non pas unifiée avec l'aide et le travail de ces témoins de notre temps que sont les journalistes formés à l' ESJ. L'ancien blason de l'école Le nouveau blason de l'ESJ
La devise de l'école
QUOT CAPITA, TOT SENSUS
Autant d'hommes, autant de sentiments
Tot capital tot sensus Littéralement : autant de têtes autant de sentiments. C'est un proverbe latin, sans doute plus ancien que les Latins. La forme grammaticale est : quot capita, tot sensus. Auteurs ayant utilisé le proverbe
A propos des discussions du Journal des Débats, qui a pris pour devise : Tot capita, tot sensus, l'Union fait de sages réflexions sur l'unité qui doit régner dans une feuille politique : Elle doit être une oeuvre, non pas individuelle, quelque brillantes ou obscures que soient les personnes qui y travaillent, mais collective, représentant un ensemble de doctrines qui se tiennent et se coordonnent.
É. DE LA BÉDOLLIÈRE
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L'armée parlementaire est, pour ainsi dire, en garnison ; elle s'ennuie, au lieu d'agir ; elle déserte, au lieu d'obéir ; elle ergote : Quot capita, tot sententiae. (Sententiae est ici synonyme de sensus.)
Revue des Deux-Mondes
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Les tempéraments ne sont pas tous les mêmes. Le proverbe dit : Tot capita, tot sensus. Eh bien ! les différences d'organisation sont aussi nombreuses, aussi multipliées que les divergences d'opinion.
Revue de Paris
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La vraie morale doit être populaire. Or, la morale de sentiment n'a pas ce caractère, parce qu'on est rarement d'accord sur les choses de sentiment : Tot capita, tot sensus.
BAUTAIN
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Né, Carthage, Afrique, 190 B.C. Mort, 158 B.C. Quot capita, tot sensus : Autant de têtes, autant d'avis. Jamais on ne vit pareille confusion: quot capita, tot sensus. Térence a dit dans le même sens (Phormion, II, 4, 14): Quot homines, tot sententiae (Autant d'hommes, autant d'avis). « Tant qu'il y a la vie, il y a espoir. » L'une des autres grandes expressions latines qu'on lui doit d'avoir passé à la postérité avec "Quot capita tot sensus". WHILE there's life, there's hope." Probably every English speaking person has used or at least heard that expression at some time. Not one in a hundred, or even in a thousand, very likely, knows that it first saw the light of day in the works of the Roman dramatist posterity knows simply as Terence. It is only one of dozens of similar quotations, so familiar as to have become proverbial, all of which first heard on the Roma.
PUBLIUS TERENTIUS AFER (« TERENCE »)
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L'auteur de la nouvelle pièce du Vaudeville est un romancier d'un talent incontesté, dont le nom apparaît de temps en temps aux vitrines des libraires et chaque fois y fait sensation ; un écrivain de loisir qui a eu le bonheur de pouvoir travailler toujours lentement, à l'écart des productions à outrance, occupant sa vie à faire de beaux voyages, une oeuvre courte mais complète, où des études d'époques disparues alternent avec les moeurs triviales de ce temps, comme si l'auteur se consolait de la mesquinerie de l'un avec les splendeurs des autres. Or, il advint qu'un jour un directeur de théâtre, remuant, intelligent, toujours à la piste du nouveau, pensa que ce nom illustre et rare serait d'un excellent effet sur son affiche, et aussitôt le voilà tombant chez notre romancier : - Vous devriez me faire une pièce. - Moi ?... Une pièce... Y songez-vous ?... Que j'aille débuter, à mon âge, après avoir tant travaillé, après Madame Bovary, Salammbô, L'Education sentimentale... J'ai bien autre chose à faire qu'une pièce. Je prépare un roman en deux volumes... Et vous voulez que j'aille m'exposer bénévolement aux épigrammes de la petite presse et aux conseils de la grande, que je voie mon nom se débattre dans des buissons d'épine et des flots d'encre amère, que je fournisse à la sottise, à l'envie, à l'impuissance, une occasion de m'attaquer, de dire : « Enfin nous le tenons... » ... Non ! Jamais ! Jamais ! - Ainsi vous ne m'autorisez pas à annoncer que le Vaudeville donnera une comédie de vous cet hiver ? - Gardez vous en bien ! Mais, le directeur parti, quand notre romancier voulut se remettre au travail, cette idée de faire une pièce le troubla, le poursuivit. Malgré lui il y pensait. Les sujets se présentaient à son esprit. Il trouvait sans les chercher des mots, des effets scéniques, et la nuit, en fermant les yeux pour dormir, il voyait la rampe allumée, la salle pleine, toutes les lorgnettes de Paris braquées sur l'oeuvre encore vague de son esprit... Après tout, pourquoi pas ? Ce serait peut-être charmant d'essayer cela une fois... Sans doute, le théâtre est un art inférieur ; mais c'est encore celui qui convient le mieux à cette époque pressée, surmenée, où l'on n'a même plus le temps de lire. A la scène, l'oeuvre la plus considérable, étalée en quatre ou cinq actes, se parcourt tout d'un trait sans fatigue, ajoutant l'image au texte... Essayons du théâtre ! Là-dessus, il se met à l'oeuvre, choisit un bon sujet bien moderne, une satire du suffrage universel dans ce qu'il a d'excessif et de désordonné, et changeant pour cette fois ses habitudes de travail, il écrit sa pièce d'une haleine en quelques jours. Mais alors commencent pour lui des tracasseries de toutes sortes, car le temps du travail n'est pas le plus pénible en ces tentatives dramatiques. Il y a ensuite les exigences de la rampe, la fantaisie du directeur, les susceptibilités des interprètes. Il faut rallonger un rôle, raccourcir une scène, refondre des actes entiers. Un jour la répétition va bien, le lendemain elle se traîne. « Nous nous sommes trompés, déclare tout à coup le directeur ; la pièce est à refaire. - Eh bien ! nous la referons... » dit l'autre qui veut en avoir le coeur net ; et quand il a repris les rôles un à un, changé les situations, créé de nouveaux types, il se trouve que l'ancien texte était encore le meilleur, et on le reprend. Ajoutez à cela la pluie des conseils qui lui tombent de tous côtés et qu'il se croit obligé d'accepter dans son inexpérience du métier ; car c'est pour le théâtre surtout que le tot capita tot sensus a été inventé. « La pièce serait meilleure en trois actes. - Laissez-en plutôt quatre. - Mais !... quatre actes sont une mauvaise soupe... - Si on mettait de la musique ! » Et les mauvais vouloirs, les jalousies, les négligences, les entêtements... Puis les demandes de billets, tout Paris qui veut voir la première et use de ses influences multiples pour envahir la salle entière, les gens qu'on mécontente, les amis vexés, et cette tentation de la dernière heure - devant la peur du public et de l'inconnu - de jeter la pièce au feu et de se remettre au roman commencé... Enfin, quand le grand jour est venu, que tout a été réglé, depuis le mécanisme du gaz jusqu'à l'ouverture des portes, jusqu'au jeu savant des longues jupes, alors le pauvre auteur, fatigué, crispé, ahuri, assise des coulisses au lever de rideau et pendant trois terribles heures...
Le Candidat, de Gustave Flaubert, vu par Alphonse Daudet
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C’est pourquoi il n’y a rien d’extraordinaire, pour le dire en passant, que tant de controverses aient été suscitées parmi les hommes, et qu’elles aient abouti au scepticisme. Car bien que les corps des hommes aient entre eux beaucoup de convenance ils diffèrent par beaucoup d’endroits, de telle sorte que ce qui paraît bon à l’un semble mauvais à l’autre, ce qui est bien ordonné pour celui-ci est confus pour celui-là, ce qui est agréable à tel ou tel est désagréable à un troisième, et ainsi pour mille autres choses que je néglige de citer ici, soit parce que ce n’est pas le moment d’en traiter ex professo, soit parce que tout le monde est assez éclairé sur ce point par l’expérience. On répète sans cesse : "Autant de têtes, autant d’avis ; tout homme abonde dans son sens ; il n’y a pas moins de différence entre les cerveaux des hommes qu’entre leurs palais :" toutes ces sentences marquent assez que les hommes jugent des choses suivant la disposition de leur cerveau et exercent leur imagination plus que leur entendement. Car si les hommes entendaient vraiment les choses, ils trouveraient dans cette connaissance, sinon un grand attrait, du moins (les mathématiques en sont la preuve) des convictions unanimes. Nous voyons donc que toutes les raisons dont se sert le vulgaire pour expliquer la nature ne sont que des modes de l’imagination, qu’elles ne marquent point la nature des choses, mais seulement la constitution de la faculté d’imaginer ; et comme ces notions fantastiques ont des noms qui indiquent des êtres réels, indépendants de l’imagination, je nomme ces êtres non pas êtres de raison, mais êtres d’imagination ; et cela posé, il devient aisé de repousser tous les arguments puisés contre nous à pareille source.
EI - Appendix /Spinoza
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Est-ce bien sûr ? Il faudrait en tout cas opérer cette manœuvre pénible avec moins de foi et ne pas s'imaginer qu'en interrogeant sur un fait cinquante témoins on trouvera la Vérité ; cinquante témoignages font cinquante vérités, voilà tout. Mais pas plus que la philosophie, la justice n'en démord. Elle cherche la Vérité. Tot capita, tot sensus. Messieurs, et chaque opinion est une vérité, et chaque opinion et chaque vérité est la bonne et la vraie Vérité. Pour jouer la tragi-comédie humaine il faut un sérieux mitigé de sourire.
Textes des Epilogues de 1895. Remy de Gourmont
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AU RÉDACTEUR. Monsieur, La langue universelle fut la pensée de toute ma vie… Leibnitz. Ce ne fut que par une idée toute philosophique, puisqu’elle se rattache au langage universel des peuples, que je vous proposai un mot étymologique pour remplacer celui de ferrandiniers. C’était un pas à faire vers un but scientifique, c’était un atôme de progrès à extirper de l’immensité des progrès qui nous restent à faire. En homme sensé, vous daignâtes prendre en considération la question que je venais de soulever, sachant bien que c’est à l’imperfection des langues qu’il faut attribuer en grande partie les paradoxes et les erreurs ; mais n’est-ce pas au texte même de votre concours qu’il faut attribuer cette polémique longue et fastidieuse, sur une aussi simple question. En effet, vous dites : Nous ne devons pas oublier que c’est un sujet de goût et de convenance auquel le public doit donner son approbation. Étrange erreur ! C’est tout comme si l’on demandait à une jeune fille le nom qu’elle voudrait porter, elle ne manquerait pas de désigner celui qui serait le plus conforme à son esprit romanesque : quot capita tot sensus. Les Berzélius, les Vauquelain, en appelant chlorure de sodium, ou hydro-chlorate de soude (le sel de cuisine) ne consultèrent pas le public, ils n’eussent pas obtenu son assentiment. Cependant les arts brillent d’un nouvel éclat depuis ces nouvelles nomenclatures. La simple question était donc de trouver un nom qui réunît les deux qualités exigées par la logique : la comprehension et l’extension, quelle que soit d’ailleurs sa désinence ; les deux mots que je vous ai proposés, en leur appliquant la règle néologique savamment expliquée par un veloutier (voir l’Echo n° 54), remplissent parfaitement les deux indications demandées, séricariers et tissericiers ; ce dernier, auquel on pourrait conserver la désinence en iens, a de plus l’avantage d’être imitatif. Je laisse au jugement éclairé des membres de la commission, le soin de décider si les autres mots proposés ne sont pas amphybologiques, incomplets, ou d’une idée trop extensive ; quant au mot soieriefèvres, je les prie de faire attention que le mot latin faber ne s’applique qu’à l’artisan qui emploie le marteau. Du reste, je suis bien persuadé qu’en cette circonstance ces messieurs suivront les sages préceptes de Locke : « N’employons jamais les mots sans y attacher une idée ; faisons-leur toujours signifier la même chose ; ne les rendons pas obscurs par de mauvaises applications. » Daignez, Monsieur le rédacteur, accueillir ces dernières observations sur une proposition qui doit être résolue par l’affirmative en faveur de la science ; s’il en était autrement, ce serait à douter d’une émancipation plus grande, puisque la moindre question progressive resterait sans solution. Agréez l’assurance de ma haute considération. MEZIAT.
L'Echo de la Fabrique : 9 décembre 1832 - Numéro 59 M. Vernay propose le mot de tissosoiriste. M. Méziat, à ceux par lui proposés, ajoute ceux de sericariers et tissericiers. Lyon, le 27 novembre 1832.
------------------------------ Mais aussi :
Quot capita tot sensus : Il y a autant de solutions que de têtes.
ASTERIX de GOSCINNY et UDERZO (Astérix chez Rahazade, p. 34, 5ème case)
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....autant de goûts que de personnes, tot capita tot sensus. Louis. – En passant ce qu’un soldat traduisait par autant. de capitainres, autant de sangsues. ...
Jean-Baptiste PROULX ( 1846-1904)
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- A vous maintenant, chers étudiants, de nous confier vos textes et trouvailles sur la devise de l'Ecole pour enrichir notre site...